Du repiquage de la consoude à la préparation des purins, passage en revue du printemps de Bonnaude...
Les pieds de consoude se portent de mieux en mieux. Les repiquages effectués à partir de divisions de touffes il y a environ deux mois prennent forme. Au-delà de sa bonne tenue et d'une esthétique particulière, la consoude a plus d'un tour phytothérapeutique dans son sac. Passée en pommade, elle cicatrise les plaies, les coups, les foulures et possède une action anti-inflammatoire. Elle est d'usage externe seulement car l'ingestion est toxique pour le foie à cause de la présence d'une variété d’alcaloïdes. Mais son usage est également fameux au jardin. Transformée en purin, elle fournit beaucoup de potassium mais également du calcium, du magnésium et autres fer, bore et zinc. Si on en avait des tonnes, ce qui n'est pas encore le cas, on en ferait l'engrais principal des pommes de terre.
Pas loin du rang de consoude apparaissent les premières cerises que Martin, aîné des trois petits de Bonnaude, s'emploie à prélever délicatement. Usage de bons procédés : tu ramasses les cerises une petite heure, en échange tu peux t'assomer l'après-midi dans la réalité virtuelle de ton pc interconnecté avec ceux des copains rivés eux aussi comme des sangsues à l'objet du ressentiment de nombreux parents mais passons...
Cette année, à cause de pluies bien tombées mais pas nécessairement au moment idéal, la floraison des cerisiers a été trop arrosée. Il y a donc des fruits, mais pas en quantité. Par conséquent, il y aura des confitures de cerises. Mais pas autant qu'on l'eut souhaité.
Pendant que Martin s’exerce à grimper, sa môman part en quête de ses cueillettes du matin. Ici le pétale de coquelicot, spontané sur nos terrasses et qu'on prend soin d'entretenir d'année en année.
Il entre dans la composition d'une de nos tisanes , "Harmonie", en compagnie des bienfaisants tilleul et vigne rouge. Une fois les pétales prélevés,
il reste la capsule bourrée de graines qui continuera de mûrir pour donner l'an prochain d'autres coquelicots...
... en passant par les rosiers, les sureaux...
A leur suite, Emmanuelle cueille des pétales de roses de Provins. Ces rosiers rustiques, buissonnants, déclinent une panoplie généreuse de fleurs au printemps, pendant un mois environ, entre maintenant et la fin juin.
La rose calme, apaise, on la mélange à la verveine et la mélisse pour créer notre tisane "La vie en rose" (oui je sais, c'est facile mais parfois, simplicité est gage de réussite!). Les pétales sèchent assez facilement sur les claies. Au contraire des feuilles de mélisse ou de menthe, elles n'ont pas de tendance au noircissement.
Elles gardent également couleur et parfum une fois conservés dans des grands sacs à l'atelier. La cueillette doit être quotidienne pendant un mois car chaque fleur éclot au fur et à mesure. C'est une cueillette pétale à pétale, tranquille, tous les jours avant midi.
Un peu plus loin, le long de la source, nous voilà aux sureaux. Remarquable arbuste que ce fournisseur de fleurs charnues et délicates. Elles aussi, on les transforme désormais.
En tisane pour un mélange calmant et apaisant de la toux mais également en sirop à partir de cette année. Quoi de plus doux et rafraichissant en effet qu'un verre de sirop naturel aux vertus réputées ? Je compte essayer enfin un petit vin de sureau pour des apéritifs un peu différents avec les zamis pour l'été...
... et aussi la petite serre, les pêchers, les poubelles...
D'abord un détour par la foisonnante sauge.
Couleurs incroyables, ballet infernal de butineurs en série (ici une variété d'abeille solitaire), senteurs méditerranéennes. Qui a de la sauge dans son jardin ne connaît pas de médecin, dit l'adage. Et il est vrai qu'on ne voit pas souvent notre docteur, enfin si, dès qu'il nous appelle pour passer commande de mélanges de plantes spéciaux (!).
On en profite alors pour faire un check-up personnel en passant. Les producteurs de simples recommandent en général de cueillir la sauge avant floraison. On a ainsi obéi aux usages pendant les deux première années. Mais le fait de priver les insectes utiles d'une alimentation aussi riche et le paysage d'un décor naturel à sa mesure a fini par l'emporter sur les traditions, tandis que la feuille reste toujours belle. Comme quoi il est bon de bousculer les certitudes.
On passe ensuite devant la petite serre que j'ai construite cet hiver avec des fenêtres récupérées chez belle-maman et des verres issus de la déchetterie voisine où beau-papa se rend tous les samedis, aussi bien pour blaguer un brin que pour descendre dans une benne à la recherche sinon du Graal du moins d'un bout de ferraille qui fera l'affaire d'un usage à imaginer...
Cet assemblage vite fait, bien fait, soutenu par une ossature de jeunes frênes abattus en lune vieille au bord du ruisseau il y a deux ans, est surmonté d'une petite frise sciée dans une longue planche de coffrage pour la déco... L'ouvrage, économique, se rend bien utile à l'agriculteur. Les premiers jours de février, lors des semis d'oignons doux et de tomates, quelques désillusions nous ont un temps contrariés: chaque nuit, sans laisser aucune signature, un insecte traçait des sillons et retournait les plantules. Et puis il est parti, tandis que nous avons tenu à distance les escargots avec quelques granules écologiques. Désormais la serre est vraiment opérationnelle.
Tiens, voilà qu'on passe devant un petit pêcher, poussé tordu mais sans souffrir. Chaque année, les attaques de cloque sont incontournables. En prévention, je pulvérise un peu de cuivre et de soufre sous forme de bouillie bordelaise.
C'est d'ailleurs l'une des rares fois où je passe un tel produit car même s'il est utilisable en agriculture bio, il faut savoir que le cuivre a tendance à stagner dans les couches superficielles du sol, empêchant le développement d'une micro-faune et micro-flore pourtant bien utiles à la vie terrienne. La viticulture régionale du Languedoc (et d'ailleurs) le sait, qui abuse de l'emploi de cette vraie fausse panacée antifongique, jusqu'à une quinzaine de passages par an, en essorant la capacité du sol à se régénérer. En bio, le cahier des charges plafonne donc ce traitement à 6 kg par an et par hectare et l'Union européenne travaille à un programme de réduction des doses. De notre côté, si on fait les comptes, on en est à un petit kilo sur un hectare sur les trois dernières années.
Car il est bon de préférer les traitements à base de plantes. Comme les fameux purins d'ortie et de prêle. Mon premier apporte de l'azote et dynamise les cultures, mon second, très riche en silice, agit en prévention contre les agressions cryptogamiques: la prêle resserre les tissus de la plante qui gagne en autodéfense. Pour réaliser ces purins (leur nom vient de l'odeur de la fermentation qu'ils dégagent en effet allègrement), il n'est besoin qu'une d'une poubelle, de l'eau et des plantes, fraiches ou sèches.
Compter trois bons kilos de plantes fraiches pour une cinquantaine de litres, remuer avec un bâton, laisser reposer quatre ou cinq jours en remuant une fois ou deux fois au passage. Quand l'odeur devient forte et que de la mousse s'est formée, la mixture est prête. On peut la filtrer et la ranger dans des bidons opaques. Nous, nous la laissons dans la poubelle où nous nous servons directement. Mais attention aux dosages, veiller à ne pas diffuser le mélange complet directement, il faut le diluer, à raison de 10 à 20 % du volume total.
...sans oublier nos amis les pucerons ni l'installation du palmier
Ce sont les mal-aimés du jardin. Et pour cause. Leur fâcheuse tendance à sucer la sève des plantes au démarrage de la végétation en fait des ravageurs que les propriétaires de rosiers redoutent au printemps. Pourtant, à y bien regarder, les pucerons ne sont pas si méchants. Certes, c'est toujours désagréable de les voir s'installer, en particulier sur les fèves ou au bout des jeunes feuilles de cerisiers.
Mais on peut parvenir à cohabiter sans grands dommages. Comment ? En usant d'astuces apprises sur le terrain et,en l'occurrence à Bonnaude, à notre insu. Sur cette photo, c'est une plante indésirable, le rumex, qui accueille une forte population de pucerons noirs dont on peut voir qu'une fourmi est devenue une véritable chef de culture. Eh oui, les déjections de pucerons représentent un miellat de premier choix pour les ouvrières qui cohabitent ainsi dans la joie et l'ivresse avec eux. Or, pendant que ce petit monde est affairé à se développer sur le rumex, il n'y a pas de pucerons sur les rosiers, ou beaucoup moins. La conclusion est vite trouvée : il faut laisser courir certaines "mauvaises herbes" sur un terrain pour, une fois encore, démontrer leur intérêt écologique.
Notre visite du jardin se termine devant la maison, où nous venons de planter il y a une semaine un palmier. Mais attention, pas n'importe lequel. Pas un de ces arbres exotiques que des villes du littoral comme Montpellier ont multiplié généreusement, parfois sans discernement, pour donner une allure azuréenne à la ville en plein développement, quitte à pleurer au dernier hiver qui a eu raison de nombre d'individus même emmitouflés pour la saison.
Non, notre palmier est du genre coriace. Moins exotique, moins subtropical. Mais tel qu'on en trouve aujourd'hui encore à l'entrée des beaux mas cévenols, culminant jusqu'à une petite dizaine de mètres. Il s'agit sans doute du genre Trachycarpus fortunei, qui a la particularité de résister jusqu'à -18°C. C'est pourquoi on le retrouve jusqu'en région semi-montagneuse. Ici à Bonnaude, il devrait pouvoir grandir tranquillement, sachant qu'il ne craint pas non plus les éventuels coups de vents même brutaux. Dans la bible, "le symbole du palmier est celui de la justice rendue par la loi, il est l'arbre du côté de la rigueur", nous dit un amateur. En Cévennes, un palmier planté à l'entrée d'une maison était le double signe d'une ouverture sur le monde et d'un sens de l'hospitalité. Comme à Bonnaude, finalement !
Il y a un avant et un après dans l'aménagement des abords de la maison
Entre deux cultures, la réalisation du gîte, la plantation des fruitiers, la gestion du quotidien et patati et patata la vie qui va, nous avons trouvé le temps, on ne sait comment, cet hiver, de créer quelques aménagements extérieurs. On pourrait croire à de la simple déco.
Mais non, il fallait mettre la main (ferme) à la pâte (dure) pour rendre plus vivable et surtout plus accueillant notre site de campagne. A défaut, on passait pour d'indécrottables néoruraux sans le chic ! La première photo date de 2009, un an après notre arrivée. La seconde a été prise aujourd'hui même, ce 11 mai 2012 à midi. La différence, il faut le reconnaître, est assez nette. Le cyprès arraché par la tempête a libéré un peu d'espace, des murets ont été érigés en pierre, à gauche et à droite de la photo. Gravats et déchets inertes ont été enlevés, de la terre a été rapportée, du gazon a même été semé. Mon tout a été évidemment fait à la main, comme d'habitude.
On a coincé une jolie larve à la sale réputation... méritée !
Tiens, un hylotrupes bajulus, qu'y disent en latin. C'est-à-dire, au stade bébé dans notre cas, une larve de capricorne. Rien à voir avec le signe du zodiaque qui n'en ferait qu'à sa tête. Voici un de ces insectes qui, bien que joli et innocent, possède un potentiel de destruction hors normes de la structure d'une maison. Rien de moins.
Cela faisait près d'un an que, dans un plafond d'une des chambres de la maison, un grignotage par intermittence se laissait entendre. Modeste mais lancinant, léger mais insistant.
Gratt-gratt-gratt, gratt-gratt-gratt. Difficile de connaître avec précision l'origine du dérangement, toujours localisé mais dont la vibration sonore reste diffuse.
Lundi dernier, largement agacé, je décidai d'entreprendre l'enlèvement des planches suspectes dont le plafond est refait. Par chance, je n'eus qu'à ôter préalablement le liteau de recouvrement des planches, de section 27x40 mm, pour comprendre que l'insecte logeait là. Rendu à l'atelier, à l'aide d'un tournevis, j'écartai avec facilité les fibres du bois réduit à moitié en poussière sans qu'on n'y voie rien en surface. La larve de capricorne possède en effet une fâcheuse capacité à ronger l'aubier et creuser des galeries de plusieurs mètres sans jamais se faire voir. En consultant les données sur l'insecte, j'ai compris que le capricorne pouvait vivre jusqu'à 10 ans dans une charpente. De fait, sur la photo, on peut observer une larve d'un an et demi environ, à côté d'une plus jeune. En médaillon, le capricorne adulte. Celui-ci est alors imposant, mesure environ sept centimètres, très beau, avec des antennes immenses. Mais il ne vit qu'un mois, juste le temps de se reproduire et de pondre sur une pièce de bois résineux avant de mourir. Jusqu'à dix ans au stade larvaire à détruire les ossatures des maisons, un mois seulement en habit d'apparat à voleter dans la nature. C'est pas une vie, capricorne.
La visite instructive d'une délégation d'Allemands en stage de français
Un grand merci à Conny qui, à Saint-Jean-de-Buèges dans l'Hérault voisin,
accueille des groupes d'Allemands en séminaire de français en y associant une immersion dans l'écologie régionale. L'autre jour, une délégation motivée est venue visiter nos terrasses, sous la houlette d'Emmanuelle qui a pu leur dresser l'inventaire naissant de la flore de printemps.
Explication des bouturages, des marcottages, de la multiplication par semis, des différentes variétés de framboisiers, de la floraison de la sauge, des différences entre les figuiers, de la naissance des myosotis, etc. Nous avons retenu ce petit monde autour d'une tisane et de quelques biscuits maison. Un échange riche de convivialité qui fait plaisir à double titre : d'abord la rencontre avec des gens venus d'ailleurs, pas forcément connaisseurs du climat méridional et ses conséquences sur la vie des sols. Ensuite l'enthousiasme que ça génère autour de notre projet. Car il est vrai qu'à travailler souvent seul dans son coin, on est parfois déconnecté du reste du monde, lequel semble apprécier, et on l'en remercie, l'objet de notre patient travail !
Le mimosa n'a pas résisté à la froidure de l'hiver
L'hiver a été particulièrement rude, durant une quinzaine de jours. A Monoblet, comme un souvenir de 1956, des oliveraies ont été sérieusement touchées. Chez nous à Bonnaude, deux oliviers parmi les six qu'on a plantés ont péri. D'autres végétaux n'aiment pas le froid, les lauriers roses ou, dans le cas présent, les mimosas.
Celui-ci avait une quinzaine d'années, et alors qu'il s'était mis à fleurir pour annoncer le retour du printemps, patatras. Il en résulte un arbre aux ramifications fadasses, toutes marron... D'aucuns disent qu'il faut le tailler à la base, et qu'il repartirait. C'est sans doute vrai. On observe surtout que des rejets font leur apparition le long du parcours des racines superficielles. Plein de petits sont en train d'éclore, ce qui est plutôt bon signe.
A vrai dire, ce ne sont pas les moins quatorze ou quinze degrés que les végétaux ont redouté, même s'ils auraient préféré un peu moins de fraîcheur. C'est surtout le fait que les températures ne sont pas remontées au-dessus de zéro dans la journée durant une bonne douzaine de jours consécutifs, ce qui est largement exceptionnel dans le sud-est de la France. Aussi la rigueur des températures de la nuit n'ont-elles pas été corrigées en journée sous le froid soleil hivernal. Merci aux entrées continentales venues de Moscou !
Au printemps, fais ce qu'il te plaît mais fais-le bien...
Il est pas joli, ce petit portillon fait maison (cliquer pour agrandir) ?
J'ai cherché longtemps une solution pour priver l'accès de nos deux terrasses potagères aux poules de Bonnaude. Ce n'est pas qu'elles sont nombreuses, le trio Roussette, Plumette et Grisette, mais disons qu'elles ont un appétit certain. En règle générale, il n'y a pas grand chose à craindre des gallinacés au jardin. Ils ne dérangent pas les cultures plus que ça et, par temps est très humide, ils deviennent de bons auxiliaires friands de jeunes limaces, sortes de marshmallows de début saison. Mais quand vient l'été, elles sont systématiquement attirées par les tomates. Le fruit rouge, gorgé d'eau, acidulé les attire telles des teignes sur les poireaux, voire des carpocapses sur des pruniers. Deux ou trois coups de becs et voilà les solanées gâtées, sachant que chaque jour qui passe les guide vers de nouvelles victimes. Donc, la solution était le barrage. Celui-ci, j'en suis rétrospectivement assez fier, est fait avec ce qu'offrait la nature.
Il se trouve que nous avons deux variétés de saules, des osiers, qui poussent les pieds dans l'eau du ruissellement des sources. Nous les avons êtêtés à ras, ce qu'ils ne redoutent pas si on en croit la vigueur avec laquelle ils repartent à chaque fois. Et puis on a tissé les jeunes rameaux autour de branches de frêne, un bois bien dur et relativement stable dans le temps. Lui pousse sans mal non plus et se multiplie le long du ruisseau de Cassoubiès. Pareillement, il se prête volontiers à des coupes fréquentes. On s'est même rendu compte qu'en le taillant dru, ses rejets offrent de belles pousses pour concevoir nos sachets de tisanes. Voilà donc un cercle vertueux d'utilisation en cycle court du cadeau que peut nous faire notre propre environnement. Et en plus c'est économique, alors...
Comment la vague de grand froid fait oublier un autre souci de ce drôle d'hiver : un début de sécheresse
Froid polaire sur la France y compris son Sud habituellement nanti et, du coup, la vallée de Bonnaude.
Ce matin, je ne puis donc résister à participer à cet élan de la blogosphère qui montre les conséquences du froid en bas de chez soi, un sujet rebattu s'il en est mais qui a tellement l'heur de rassembler les gens, de ma boulangère au voisin âgé en passant par les mères et pères de l'école. Et puis quoi, c'est tout de même pas commun cette vague intense d'une froidure sans nom. Bref, on voulait vous montrer ce qui coule de nos sources depuis quelques jours, assurant un spectacle tout à fait inédit depuis qu'on est installés, voilà un peu plus de trois ans. Les photos sont parlantes mais elles m'inspirent une réflexion nouvelle : c'est également la première fois que le débit est aussi faible.
D'habitude les nappes et sources débordent en cette saison, or là elles montrent un niveau comparable à celle, sans rire, d'une fin de mois de juin. C'est donc a priori une réelle sécheresse qui sévit, au-delà du froid. On mise donc tout sur une réaction de l'Océan pour nous abreuver de lourds nuages après radoucissement. Si bien sûr le changement climatique daigne ne pas changer trop vite non plus...










