Le blog de Bonnaude

14 juillet 2014

Un an plus tard, ils resurgissent. Enfin presque !

Eh, oh, tout va bien ?  Z'êtes toujours là à nous lire ? Bon, faut vous faire une confidence, on a eu un moment d'absence, un moment que dis-je, une éclipse qui s'annonce tout à fait durable : tout ce que vous pouvez lire à la suite de ce message, toute cette vie passée sur des terrasses cévenoles durant cinq ans, toutes ces petites histoires qui visent à s'inscrire dans le grand chambardement de la vie qui défile, eh ben tout ça, oui, c'est fini. Pendant un temps, je n'avais pas le coeur d'en dire davantage. Mais désormais, et afin de vous savoir informé(e)s, il faut vous dire que Bonnaude n'existe plus sous sa forme connue jusqu'alors. Moyennant juste rétribution, une dame chaleureuse séduite par les lieux est venue installer sa famille à la place de notre foyer qui, sous le double effet de la répétition des quatre saisons et de l'ardeur de la tâche, n'a pas résisté aux intempéries que la vie réserve parfois aux parcours même les plus déterminés. Direction désormais l'armoire à souvenirs et place à de nouveaux horizons. Ce ne sera agricole ni pour l'un ni pour l'autre mais rassurez-vous : l'environnement, la qualité de vie, la poursuite de projets passionnants seront toujours nos buts recherchés ! Voilà voilà. Que dire d'autre ? Ah oui, un grand merci à vous qui êtes passés par là. Et qui pouvez toujours repasser, les écrits restent, dit-on.

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12 juillet 2013

Eh bêêêêêê, on vit dans un de ces mondes...

Je sais pas vous, mais moi, j'ai un peu mal à la côtelette. Et pour tout dire, il m'est de plus en plus difficile, pour ne pas dire pénible, de me rendre devant un étal de boucher, celui des supermarchés en général mais aussi parfois, selon qu'il a ou non accès à sa responsabilité écologique, celui de l'artisan. Car dans notre civilisation carrément carnée, manger de la protéine animale est plus qu'un sport de haut niveau national. On peut parler d'obligation culturelle hexagonale.

elevage intensif moutonsEt les habitudes sont installées depuis longtemps, dès l'enfance : dans les restaurants scolaires de France, saviez-vous qu'il est légalement interdit de ne pas fournir, chaque jour de demi-pension, une portion d'animal cuit dans l'assiette des bambins ? Il en irait en effet de l'équilibre nutritionnel de l'enfant et de la variété alimentaire que son jeune organisme est en droit d'attendre. A moins que l'obligation relève également du soutien d'une filière un, peu, beaucoup, passionnément aux abois, dans un pays qui, faut-il le souligner, reste le champion européen de l'industrie agroalimentaire et le deuxième ou troisième au niveau mondial?
Et les producteurs de ce minerai de viande, parlons-en. Où, qui sont-ils exactement ? Et comment vivent-ils le fait d'être associés à l'image de cette malbouffe macroéconomique gérée par des requins avec ses prix au rabais et ses marges en excès ? Pour tenter de répondre, rien ne vaut cette anecdote que je rapporte il y a quelques jours de l'Aveyron, à l'occasion d'un anniversaire pique-nique dans un de ces vallons bénis de l'arrière-pays du sud-ouest de Millau. Alors que nous sommes rassemblés sous un chapiteau par un beau dimanche, je trinque avec l'un des invités. Éleveur justement. Ou plutôt engraisseur, le terme exact qu'il emploie et qui renvoie à une confrérie redoutablement organisée. Car pour fournir les rayons de la grande distribution toute l'année, il faut bien qu'en amont le marché soit tout à fait structuré.

Les agneaux, "je les nourris surtout aux antibiotiques"

Or donc, mon engraisseur (je préfère dire, mais c'est un peu long, homme bien sous tous rapports, marié, deux enfants, agréable, pratiquant l'humour avec talent, bosseur, en bref pas le profil de l'agriculteur répondant au double stéréotype de rugosité et de sécheresse intellectuelle qu'on imagine encore en ville ou, et c'est malheureusement un peu vrai, au sein des institutions de lobbying comme la FNSEA!), mon engraisseur disais-je, m'explique qu'il peut élever simultanément jusqu'à 1000 agneaux dans son entrepôt. Oui. Un millier de quadrupèdes à laine épaisse tous enfermés dans un même bâtiment, qui n'entrevoient la lueur du jour qu'au travers de plaques de verre inclinables posées en hauteur afin de faire circuler un peu d'air. L'éleveur les reçoit tout jeunes, à quatorze kilos, déposés par des rondes de gros bahuts affrétés par la coopérative départementale qui rassemble une centaine d'éleveurs adhérents et dont les conducteurs sont habitués à sinuer sur les petites routes du pays. Une fois livrés, les ovins investissent leur nouveau lieu de vie, ils seront nourris durant quatre mois pour leur faire atteindre le poids raisonnablement commercialisable de 38 à 40 kg. Pour parvenir à ces fins, deux grands silos assurent l'alimentation du bétail: maïs ensilage, herbe, foin, triticale, orge et tourteau de colza. Mais l'éleveur le dit sans détour... et sans fierté : "Je les nourris surtout aux antibiotiques. Chaque dix jours, le vétérinaire passe, sélectionne un lot que je mets en quarantaine et qu'il me demande de traiter". Traiter, ça veut dire quoi dans le jargon? "C'est un produit liquide, en bidon, je ne sais pas ce qu'il y a dedans, qu'on mélange à l'eau de l'alimentation. Après quelques jours, on relâche les bêtes dans le hangar et un autre lot vient les remplacer". C'est un fait avéré, en élevage comme en toute chose dans la vie, la surdensité est à l'origine de déséquilibres qui favorisent ici la propagation des bactéries, là la diffusion de toutes sortes de pestes. Un peu comme les poux à la maternelle ou l'impatience chronique dans les files d'attentes des supermarchés!

Allez, encore un effort et tout rentrera dans l'ordre...


Mon interlocuteur est parfaitement conscient de ce qui s'appelle une dérive, d'ailleurs pour lui-même, ses proches et un réseau de fidèles, il élève en plein air son propre lot d'agneaux de ferme, à l'ancienne, qu'on peut voir brouter peinards autour de son exploitation. Des agneaux de luxe car élevés normalement, sous la mère et sous l'ombrage des frênes et des chênes blancs, avec de l'herbe verte, profitant des grands espaces qui ne manquent pas en Aveyron. "La différence est nette, poursuit l'agriculteur: ils prennent en deux mois le poids que les autres prennent en quatre." Ces vrais agneaux permettent d'arrondir les fins de mois agricoles. Mais seulement arrondir. Car le nerf de la guerre économique reste la grande distribution via l'élevage intensif. Celui-ci génère en effet une série de micro-valeurs ajoutées qui, ajoutées les unes aux autres entre divers étages et intermédiaires, laissent de quoi rester au pays en donnant du boulot à pas mal de familles.

Je repars de l'anniversaire le cœur rempli de joie et juste ce qu'il faut de champagne, malgré la présence insistante de centaines de mouches venues en masse perturber notre déjeuner sur l'herbe -je compris d'ailleurs soudain d'où ces nuées d’insectes provenaient, suivez mon regard. Un double sentiment m'habite : d'un côté, oui il était bon et chaleureux de porter un verre à l'amitié de tous ces gens pour qui mon affection est ancienne. Mais de l'autre, je ne sais pas, une question taraude mon esprit de bricolo-écolo: ne serait-il pas plus simple de remettre des bergers sur la route de la grande histoire pastorale ? Les éleveurs d'autrefois ont façonné tant de paysages, ouvert tant de sentiers qu'une propriété forestière privée condamne désormais à la fermeture. Des éleveurs qui, en favorisant naturellement le bien-être de leurs bêtes, ont indirectement participé à réunir les hommes ? Et n'y voyons aucune nostalgie du toujours mieux avant. Aujourd'hui, une Pac (politique agricole commune) exsangue dépense des millions pour financer l'ineptie autant que les futures crises alimentaires. Elle pourrait tout à fait se permettre, pour bien moins cher, et quitte à subvenir directement à la quasi-totalité du revenu des bergers ressuscités (ce qu'elle fait déjà pour 50% du revenu des grands céréaliers), de reverdir l'Aveyron et, avec lui, l'ensemble de la ruralité européenne.

 

 

 

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25 mai 2013

Et voici le récit en vidéo d'une cueillette matinale. Patience, répétition et chants d'oiseaux !

latisanebio

Envie de voir ce qu'on fait en images animées, comme si on était vivants ? Rien de plus simple avec ce montage amateur dont on espère qu'il vous plaira. Bon visionnage !

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08 avril 2013

Manger en terrasse en avril, cette année, a failli relever de l'exploit climatologique...

repas_latisanebio_bonnaude_monobletSeize convives à table, réunis la semaine dernière, pour un repas bio 100% végétarien servi par nous-mêmes. Une nouvelle fois, Bonnaude s'est muée en lieu de repas à la ferme. Une pratique qu'on aime bien et qu'on devrait développer -un peu, pas trop- ces prochaines années. L'idée, c'est d'essayer de répondre à des demandes ponctuelles, émanant le plus souvent d'amis ou de proches d'amis, pour lesquels on enfile un tablier le temps de se mettre en quatre en cuisine avec pour pari à relever un thème précis quoique largement ouvert: bio et végétarien. Pourquoi bio? Eh bien pardi pour être simplement logique avec notre démarche initiale de néo-paysans bio. Oui mais pourquoi végétarien?
Là, je sens que ça freine peut-être chez certains d'entre vous. "Ouais, vous dites-vous et en partie avec raison, y nous ennuient ces végétariens-t'as-rien, à casser les ambiances inhérentes au savoir-faire millénaire inscrit dans notre gastronomie nationale classée au patrimoine mondial". Et c'est vrai : si manger végétarien peut être un plaisir, ça peut aussi devenir un calvaire dès lors qu'on renie tout ce qui, jusqu'à aujourd'hui a façonné nos cultures, nos terroirs, nos identités résumées au fond de nos assiettes. Alors oui, végétarien sans être rébarbatif car il nous apparaît qu'il est possible sinon souhaitable de proposer de ne pas manger de viande une fois de temps en temps, sachant que le prétexte selon lequel s'en dispenser nuirait à la santé est tout à fait faux à l'aune de la science et plus simplement bête à celle de nos humbles convictions.

repas latisanebio bonnaude monoblet (1)Et puis végétarien, ce n'est pas nécessairement graines macrobiotiques en entrée, quenelles de tofu en plat de résistance et galette de sésame en dessert. Non non non. En travaillant sur la saisonnalité des productions, autre préoccupation qui nous apparaît également sensée, cette fois nous avions rassemblé en cuisine les éléments suivants (liste non exhaustive) : betterave crue, chou rave, choux rouge et blanc, oignons, avocats, une vingtaine d’œufs pondus dans la semaine par nos quatre poules, élevées je le rappelle en liberté sur un hectare de parcours. Quoi d'autre ? Nous avions en réserve, au congélo, des aubergines grillées de l'été dernier, des griottes sauvages, un joli sac de cèpes. En conserve, faute d'avoir eu le temps d'en produire, du coulis de tomates et, pour préparer une des entrées, des pois chiches. Enfin en frais: du fromage blanc, des pélardons (fromages de chèvre) bio et locaux, du beurre, de l'emmental râpé, de la mozzarella (OK, pas de saison, celle-là mais bon, y'en avait vraiment besoin).

repas_latisanebio_bonnaude_monoblet__2_Avec tout ça, nos convives ont eu droit, dans le désordre, servi sur une table ronde qui servit de buffet pour l'occasion, à :
- un trio de houmous ma façon (pois chiches, huile d'olive, ail, cumin, jus de citron et fromage blanc), guacamole (avocats, huile d'olive, ail, sel, poivre) et caviar d'aubergines (avec ail et persil);
- une pizza végétale (tomate, fromage, basilic, estragon), une grande tarte aux oignons (avec thym, romarin sarriette et un peu de crème fraiche). Les pâtes étaient faites maison, avec une farine bio additionnée de graines entières.
- une salade de chou rave + betterave râpés avec vinaigrette classique, une autre composée de chou blanc et rouge et de carottes râpées avec une sauce au fromage blanc et miel de pays;
- une belle omelette aux cèpes avec ail et persil (pas trop cuite, hein, sinon ça ressemble à une semelle).
- un plateau de fromages de chèvre variés, de frais à demi-sec.
- trois tartes à la pâte sablée sucrée garnie d'une purée de framboises maison et de griottes entières.
- un café bio ou, pour les plus téméraires, une de nos tisanes.
Mon tout était accompagné de quelques bouteilles d'un vin blanc et rouge issu d'un producteur situé à moins de 20 km de chez nous et qui bénéficie du label bio AB ainsi que de celui de Nature et Progrès. Pour digérer l'ensemble de ces préparations dont on ose croire qu'elles ont séduit le palais de nos hôtes, le groupe s'est ensuite scindé en deux nos sans préalablement se délasser au rare soleil du jour : les premiers ont voulu partir à la conquête du sommet de Saint-Chamand, la colline qui nous protège (521m), les seconds ont préféré la promenade botanique et printanière sur nos terrasses. Dans les deux cas, nous nous sommes transformés en guide accompagnateurs. Beaucoup de travail, tout ça. Mais davantage encore de plaisir.

 

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22 mars 2013

L'art de greffer des cerisiers enseigné par André, 82 ans de savoir-faire cévénol

Sur les plus beaux cerisiers de Bonnaude, nous avons sélectionné début février des branchettes d'un an, présentant trois à quatre bourgeons, futurs greffons à souder sur des arbres nés en foule sur le terrain qui d'un noyau, qui d'un rejet naturel à la base.

séance greffage avec andré hugon 0
Et le 20 mars, papi est venu avec un de ses grands amis, André, Un Cévenol de souche âgé de 82 ans, dont le luxuriant potager domestique a toujours permis d'assurer une quasi autosuffisance alimentaire. latisanebio bonnaude greffage 1
Si ce n'était le mal de dos chronique, André aurait bien poursuivi mais, comme il le dit pour tenter de conjurer l'âge avançant, "on ne peut pas être et avoir été".latisanebio bonnaude greffage 2
Pour greffer un jeune arbre, la greffe en fente est la plus répandue. Personnellement j'en ignorais sinon l'existence, du moins la pratique car même en lisant bien des ouvrages de référence sur le sujet, il paraît toujours délicat de se mesurer à cet exercice empirique tant qu'on n'a pas vu le geste d'un expert. latisanebio bonnaude greffage 2bis
Après quoi, il est vrai, on a l'impression qu'on devient soi-même un greffeur acceptable, ce qui procure je trouve une sorte de plénitude face à l'art de l'arboriculture : bon sang mais alors, j'aurais ainsi le pouvoir de transformer un simple "bouscas" (suite de rejets formant un taillis) en arbres de vie et de fruits ? C'est mon arrière-grand-père qui aurait été fier dis donc. Mes enfants aussi pourraient être fiers, s'ils daignaient quitter ne serait-ce qu'un moment leurs tablettes et autres écrans plats. Ah jeunesse connectée, si tu savais. J'arrête là mon ellipse du jour : Fanny, la plus petite, est venue constater comment ça fonctionnait, alors tout n'est pas perdu !latisanebio bonnaude greffage 3
En pratique, voilà ce que ça donne. D'abord, couper net le porte-greffe à environ 60 ou 70 cm du sol. Ensuite, à l'aide d'un bon opinel ou tout autre objet tranchant, pratiquer une incision passant par le cœur (la moelle). Maintenir l’écartement obtenu par un bout de bois dur taillé en sifflet. Choisir le greffon désiré, le tailler en V finement et en un seul coup, en laissant apparaître au moins 4 cm de vert afin qu'un maximum de surface permette à la sève de trouver son vecteur. Couper au-dessus du greffon, en ne laissant que deux à trois yeux. latisanebio bonnaude greffage 4Si on pratique avec un peu d'habitude, le greffon coïncide avec la fente opérée en amont. Il convient enfin de recouvrir d'un mastic à greffer, souple ou ferme, toute les plaies apparentes, de sorte que la cicatrisation accélère et qu'un champignon ne rencontre pas de point d'accès. Pour finir, un ligaturage avec une bande de raphia ou de ficelle semble faire l'affaire. Il ne reste plus qu'à repasser quelques jours plus tard pour voir si la greffe a opéré. latisanebio bonnaude greffage 5C'est simple à percevoir : le bourgeon doit commencer de se développer dès la quinzaine de jours suivante.

Pour le plaisir de comprendre et, tout simplement, pour le bonheur de fréquenter un homme aussi bon qu'André, on dit un grand merci.

 

 

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14 mars 2013

Du minerai de plomb à celui de la viande, il fallait y penser...

Passé la vague, ou plutôt le tsunami d’émotion, que faut-il retenir de l’affaire des lasagnes au cheval qui voulait se faire aussi gros que le bœuf ? Eh bien pas mal de choses au fond. D’abord, que nous vivons toujours dans le meilleur des mondes possibles, y compris en se bandant les yeux : pourvu que ça dure ! Mais surtout, qu’il faut éviter de se tromper de débat. Car ce qui a choqué l’opinion, tout au long de ce scandale devenu européen, ce n’est pas tant la situation  dramatique où se trouve une bonne partie de l’industrie agroalimentaire contemporaine, réduite aux abois pour fabriquer de la valeur ajoutée approximative à très bas coût, mais le fait qu’on ait simplement menti sur l’étiquette d’un produit de consommation courante. « Cheval » à la place de « bœuf ». Par un processus naturel d’identification, beaucoup de monde s’est imaginé faire entrer dans son estomac du cheval, bête sympathique qui est un peu en Occident ce qu’est la vache en Inde : un animal sacré ou presque. Emballage menteur et inconscient collectif ont donc soulevé une (légitime) indignation. Mais là où la partie n’est pas gagnée, c’est qu’on aura tôt fait d’oublier ce scandale pour, assez rapidement, se ranger derrière nos vieilles habitudes de consommateurs, aidés en cela par un lobby industriel dont l’un des bras armés est la diffusion de spots sur nos écrans, véritable machine de guerre commerciale relayée par les réseaux de la grande distribution elle-même soucieuse de restaurer une image de distributeur responsable.

Pourtant, à la lecture de deux ou trois articles importants sur la blogosphère, il nous semble essentiel de revenir au vrai débat de fond : que mange-t-on vraiment aujourd’hui ? Sait-on seulement comment s’organisent les fabricants de plats préparés ? Dans quel cadre réglementaire évoluent les pratiques industrielles alimentaires? Sur le site de Rue 89, un mot clé a été mis en avant qui a par ailleurs suscité la création d’une page spéciale sur Wikipedia : minerai de viande. Oui, vous lisez bien : minerai, comme on parle d’un gisement contenant des minéraux et métaux utiles, cuivre, nickel, plomb… Sauf que là, il s’agit de viande. De quelle viande ? En fait, des bas morceaux. Mais très bas : pas le collier ou la macreuse de nos pot-au-feu de grands-mères qui demandent des cuissons longues pour les attendrir. Non, des quasi-rebuts qu’on n’utilisait pas il y a encore quelques années. Un texte officiel le définit depuis 2003 qui s’appuie sur un autre daté de 1997 (eh oui, déjà…) : « Le minerai ou minerai de chair utilisé pour la fabrication des viandes hachées correspond exclusivement à des ensembles de muscles striés et de leurs affranchis, y compris les tissus graisseux y attenant, provenant de viandes fraîches découpées et désossées, réfrigérées, congelées ou surgelées ». Traduction : la viande contenue dans les boîtes de raviolis ou entrant dans la composition d’une moussaka surgelée n’en est presque plus. unplusbio franssnyderDans un article du magazine VSD, un ancien vétérinaire expert auprès des tribunaux entre dans le détail : « On ne trouve dans le minerai que des petits morceaux de plus ou moins bonne qualité… normalement », souligne le Pr Gilbert Mouthon. Mais allez faire un tour dans certains abattoirs à 4 ou 5 heures du matin, quand il n’y a personne… Pour faire plus de “viande”, ils y mettent de tout. »

En réalité, poursuit VSD, « on peut y trouver de tout : broyats d’os, tendons, nerfs, viscères, aponévroses (membrane fibreuse entourant le muscle), périoste (tissu revêtant les os), morceaux souillés… « Même des abcès ! » poursuit le Pr Mouthon, dénonçant l’opacité complète de cette «récupération». L’ajout de graisses et de collagène (qui enrobe les fibres musculaires) n’est pas rare… » Nous voilà prévenus. « Mais alors où est le problème, s’interroge la journaliste spécialisée Colette Roos sur le site de Rue89 ? Le problème, c’est d’avoir créé un système où tous ces éléments se combinent :

  • les consommateurs, qui se comportent comme des enfants immatures (pléonasme) dans un magasin de bonbons ;
  • les industriels, qui cherchent à préserver leurs marges dans un contexte de spéculations sur les matières premières (et parfois aussi, de réelle pénurie) et se plaisent à maintenir leurs clients dans un état de dépendance totale en leur proposant des plats toujours trop sucrés, trop salés, trop gras (voir à ce propos les résultats de la dernière enquête de l’Oqali) ;
  • les institutions européennes, qui rechignent à réglementer sur les problèmes de fond (à commencer par les conflits d’intérêts en leur sein) et se concentrent sur des histoires de courbure de bananes ;
  • les agences de sécurité sanitaire, sous-équipées et sous-dotées en budget, incapables de faire face à l’ampleur des contrôles à réaliser. »

Voilà, quand on a dit tout ça, on est bien avancés. Tiens, ça me fait dire qu'il faut que j'aille faire des courses au chef-lieu pour remplir mon frigo. Oui mais où, maintenant que je suis si bien informé. Pas d'hésitation, je file à ma biocoop préférée !

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23 janvier 2013

Attention, un agriculteur peut en cacher un autre

Chez nous à Bonnaude, on n'en revient toujours pas. L'autre jour, à la radio, alors que nous terminons notre petit déjeuner, nous entendons que les agriculteurs vont manifester le 16 janvier contre la directive nitrates. De quoi ? Plaît-il ? Vous pouvez m'expliquer ? Oui, il s'agit d'une journée d'action nationale contre l'application d'une directive européenne qui vise, sur le fond et à l'échelle continentale, à tenter de mieux protéger l'environnement et les ressources naturelles dont la qualité de l'eau. Daté de 1991, ce texte s'impose aux États-membres qui doivent l'intégrer dans leur droit de l'environnement. Une intégration progressive, souvent plombée par de nombreux contentieux, mais dont le mérite est d'essayer de réduire à terme la dose de pesticides et d'engrais chimiques qui rendent le sol européen aussi poreux que minéralisé, déserté de sa microfaune et microflore et vidé de sa substance humique...

Ah bon, il s'agit donc de sauver le sol et les ressources en eau ? Mais c'est bien ça, dites-moi. Eh oui, c'est pas mal puisque c'est même tout à fait urgent. Mais que croyez-vous que la profession agricole hexagonale, deuxième puissance agricole mondiale et premier employeur de molécules de synthèses aux champs, pense de cette noble idée ? Tout simplement, et je copie-colle ici la déclaration de la non moins noble institution qu'on appelle la FNSEA (fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), qu'elle aurait des conséquences négatives sur la pérennité de notre agriculture et plus largement, sur l’économie de notre pays ainsi que sur la préservation de l’environnement. Oui ma mie, rien que ça. Allié au syndicat des JA (Jeunes agriculteurs), la puissante FNSEA dont la réputation de cooptation des ministres de l'agriculture n'est pas usurpée, estime qu'il faut mettre en place un moratoire sur l’extension des zones vulnérables dans l’attente d’une vraie étude scientifique et de reporter la signature par les préfets coordonnateurs de bassin des arrêtés de délimitation ; renvoyer au niveau régional la définition des calendriers d’épandage ; revoir complètement la copie du gouvernement sur le cadrage des 5èmes programmes d’action Directive «nitrates» ; enfin arrêter un plan en faveur de la compétitivité de l’élevage français.

pulévrisation


On l'a bien compris, pas la peine de crier toujours plus fort : les agriculteurs conventionnels majoritaires n'en veulent pas, de cette fameuse directive. Et pour cause. Ils sont pieds et poings liés dans leur relation fatale à une grande distribution qui se fout bien d'environnement, endettés jusqu'au cou par des crédits à taux bonifiés sur des parcours d'installation où le toujours plus est la norme (réduction du nombre d'exploitations dans le pays mais certainement pas des surfaces par individu...), dépendants financièrement d'aides de la PAC sans lesquelles ils rendent en deux minutes leur tablier (et dont ils redoutent la réforme en cours) : en bref, le monde agricole est bien plus préoccupé de l'urgence de sa survie qui ne tient qu'à un fil que de savoir s'il sera possible un jour de reboire au robinet de la Bretagne ou d'ailleurs.

J'allais oublier : de quel monde agricole parlons-nous ? Assurément pas du nôtre, nous les petits bio qui ne signifions rien en volume et ne pouvons donc pas lutter à armes égales contre les dérives de ces "confrères". Ce qui me fait dire qu'il y aura toujours un fossé entre nous... mais qu'on ne déviera pas pour autant de notre jeune trajectoire. Celle des besogneux qui désherbent encore à la main ou au monoroue, qui considèrent qu'un hectare ou deux de parcelle devrait suffire à l'autosubsistance et au commerce de proximité, et qui voient bien, du bord de leurs terrasses au sol rustique à flanc de coteaux cévenols, qu'un petit agriculteur de campagne est au final à peine moins pauvre qu'un gros suréquipé. Combien de bénéficiaires de RSA dans les exploitations de dizaines d'hectares ? De plus en plus. Or aller contre le bon sens précipite la chute de ce monde à demi fini. Assez, que dis-je, stop. Il est temps que les lobbies cessent de faire du paysan moyen un irresponsable. Lui est forcément coupable en partie, refusant d'ouvrir des yeux neufs, mais il est également dépassé par ce qui se produit. C'est donc à la FNSEA, aux JA et avec eux, à la grande majorité des chambres d'agriculture de France qui les représentent et enfin au législateur, d'imaginer de concevoir un jour une transition douce, progressive mais irréversible vers une réelle prise en compte du facteur environnemental. Cela se traduirait pour les paysans par le respect de leur propre métier, de leur intégrité physique, de leurs relations sociales et de l'envie d'y croir. Jusqu'à, pourquoi pas, celle de transmettre le virus agricole aux plus jeunes qui préfèrent encore aujourd'hui, et de loin, l'exode rural à tout projet de rester au pays. Nom di diou !

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12 novembre 2012

Le gratte-cul a la fâcheuse habitude de... piquer les doigts

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On se demande toujours d'où lui vient ce surnom : gratte-cul. Pourquoi pas seulement églantine ou, plus chic, cynorrhodon ? On s'interroge donc et, avec le temps, on essaie d'avancer des hypothèses. Voyons voir, le côté qui "gratte" de ce fruit issu des rosiers sauvages de garrigue et des terres en friches est sans nul doute dû aux poils urticants dont est faite la pulpe sèche. Mais quant à l'autre attribut du nom, je ne vois pas trente-six solutions.

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Il y en a peut-être deux. Soit les gosses, historiquement, se glissaient en traîtres les graines poilues dans le tee-shirt et voilà que ça finissait par leur démanger le bas du dos. Possible. Soit, et c'est un peu moins poétique, voilà un fruit que mangeaient autrefois les mêmes gamins, entier, avec la fâcheuse conséquence d'irriter la fin du parcours des intestins, d'où l'idée possible de se... gratter les fesses. Dans tous les cas, le cynorrhodon est un fruit étonnant.

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Les arbustes qui le portent se défendent bien de leurs piquants acérés et il faut y aller au gant de cuir pour tendre sans risque les branchettes dont on défait les baies bien accrochées jusqu'au milieu de l'hiver. Le gratte-cul se cueille en ce moment mais on peut aussi bien attendre les premières gelées qui le rendent blet. Après la cueillette, pas plus de trois kilos en deux heures -oui, on y retourne une petite dizaine de fois-, on rentre la récolte à la maison. Pour les préparations de tisanes, lors de nos veillées campagnardes -hélas notre dernière télévision, à tube cathodique, nous a quittés il y a déjà cinq ans et, comble d'nconfort moderne, nous avons décidé de n'en plus inviter chez nous-, on coupe en deux le fruit, on en évide les graines charnues avec un petit couteau et on pose le reste sur les claies du séchoir. Un travail de longue haleine qui nous rappelle toujours qu'il serait plus facile de s'arracher les cheveux une fois pour toutes. Après séchage, on l'incorpore à divers mélanges, spécialement celui qu'on appelle L'hiver car le fruit est réputé riche en vitamine C, bienvenue pendant les périodes froides.

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Autre utilisation : la confiture, en petits pots de 210 g. Inutile d'imaginer plus lourd, à moins de vendre le produit fini au prix du kilo d'œufs d'esturgeon... Car là encore, la préparation, la cuisson, et l’extraction de la seule peau comestible demandent un boulot pas croyable. Et on a beau chercher via le ouaibe des solutions valables pour aller plus vite -ou beaucoup moins lentement-, on n'en trouve pas. Ou alors ce sont des solutions industrielles avec des machines à membrane sous haute pression qui tournent comme des moulins dont la taille fait le quart de notre humble maison. Pour une centaine de pots, voyez l'improbable rapport.

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Alors oui c'est long, c'est lent, c'est dur à trier, c'est que sais-je encore ? Mais c'est dans un endroit de cueillette sauvage à tomber par terre, entre collines arrosées de soleil et fins de garrigue odorantes. Où lorsqu'un rai de soleil darde à l'horizon, le corps se réchauffe et récupère des calories perdues dans le matin frisquet. De fait, si le gratte-cul ça eut payé mais qu'ça pay'pu, il reste le bonheur de passer des moments totalement gratuits dans des univers fabuleux.

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06 novembre 2012

Les Allemands s'invitent le temps d'une pause dans le joli vallon

Un groupe d'Allemands en stage de français dans le coin nous a fait le plaisir de se joindre à notre table (de ferme). C'était par un de ces derniers jours d'ocotbre où manger dehors était encore possible avant une chute des températures qui a signé le redémarrage de notre vieux fourneau bouilleur de marque Franco-Belge donné par un ami agriculteur, relié au réseau de radiateurs -oui, un vrai chauffage central au bois local! La visite, proposée par une association de l'Hérault, consistait en une visite du travail de nos terrasses doublée d'un repas 100% bio, mais végétarien cette fois. Non pour économiser sur la viande, plutôt pour s'en passer et séduire le palais d'hôtes eux-mêmes portés sur des plaisirs non carnés.

On vous passera le menu, simple et convivial du moins l'espère-t-on, reprenant pour partie le menu décrit dans l'article suivant, pour nous limiter au simple fait que recevoir à la maison des inconnus en tendant une jolie nappe face à la colline de Saint-Chamand, eh ben que ça l'fait comme disent nos enfants qui ont appris ce genre de néo-syntaxe... de nous-mêmes !

En tout cas, la réception fut sans doute à la hauteur puisque nos convives voulurent laisser filer le temps après le repas au point de répondre favorablement à ma proposition d'aller gravir Saint-Chamand. Deux cents mètres de dénivelé, 30 minutes de marche virile mais paisible pour aller contempler jusqu'aux premiers rivages de la Grande Bleue. Avec pour guide auto-formé votre serviteur, passionné par la lecture des paysages régionaux, capable de s’esbaudir longuement sur la faille cévenole qui sépare les derniers confins de la plate plaine languedocienne des premiers reliefs du Massif central. Ôoooo c'est beau par chez nous...

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24 septembre 2012

Le temps d'un buffet campagnard en pleine ville...

Traiteur commis d'office. Voilà le métier auquel il a fallu se frotter aujourd'hui. Pourquoi pas ? Après tout, cultiver la terre a-t-il comme autre objectif in fine que de nourrir ceux qui la peuplent ? Ce lundi donc, on a mis la cuisine sens dessus dessous pour mettre au point un menu dont on espérait qu'il fut biocoop repasà la hauteur de l'attente et surtout de la commande passée. De la part de qui ? Du réseau Biocoop, cette marque déjà ancienne dans le paysage de la distribution alimentaire biologique. Et plus précisément de la Fourmi et la Cigale, l'association qui, au chef-lieu voisin de Saint-Hippolyte-du-Fort, gère le magasin sous le nom de cette enseigne. Et hier, c'était jour de réunion au sommet pour près d'une vingtaine des représentants du réseau régional.

Au départ, il fut convenu que le séminaire de réflexion autour des nouvelles  stratégies commerciales à adopter face à l'émergence massive des rayons bio dans la GMS (grandes et moyennes surfaces), aurait lieu chez nous. On mettrait en place des tables et des chaises capables d'accueillir le groupe sous l'ombrage généreux du grand sophora, on installerait des câbles électriques pour allumer rétroprojecteur et autres tablettes du diable, on ferait de la popote avec les produits du jardin, et on ferait le service entre midi et une pour rassasier la légitime faim des convives. Finalement, ce qui fut convenu fut empêché par la météo. Un orage nocturne avait éclaté au-dessus de notre petit pays, il fallait donc renoncer et se replier dans une salle municipale...

biocoop repas 2L'humble et goûteux repas fut pris sur le pouce mais dans un plaisir partagé, soit dans la cour de l'ancienne caserne de Saint-Hippolyte où un franc soleil osait faire une dernière proposition -honnête- à l'été finissant. Vers 13h, nous voilà arrivés le véhicule rempli de victuailles à l'assaut de ventres vides criant, évidemment à pareille heure, famine. Le temps d'un déjeuner presque champêtre, les tables de la réunion du premier étage étaient redéployées façon buffet campagnard au rez-de-chaussée. Le menu, on espère qu'il a emporté l'adhésion des quelque 17 papilles. Il s'agissait de déguster une salade sauvage (feuilles de pimprenelle, de capucines, de violettes, fleurs de souci et de mauve, le tout sur une vinaigrette balsamique et jus d'orange pour défier l'amertume naturelle), une pizza maison, une tarte à l'oignon, une autre à la tomate et au chèvre, un plat de lasagnes végétales aux bettes et coulis maison, un ratatiné d'aubergines violette de Florence relevé d'ail et persil, un taboulé avec tomates du jardin, concombres, morceaux de pommes du verger, oignons doux des Cévennes, estragon, basilic... Quoi d'autre ? Un gratin de pommes de terre du jardin et, pour faire riche et ne pas déplaire aux non végétariens, un sauté de porc au curry cuit et recuit à feu doux pendant deux jours... Après le fromage (les pélardons quasi-corses de Daniel et Edith en ce qu'ils sont faits comme avant que l'intégration normative européenne édicte des règles de fabrication en forme de tue-l'amour), les desserts n'étaient pas oubliés : tarte à la framboise (du jardin, eh oui encore) meringuée, salade de fruits (prunes en conserve de la maison, bananes, raisins, pommes, canelle et éclats de chocolat...), tuiles nature et aux amandes (du jardin aussi pardi), figues longues d'août et gâteau aux pommes. Bref, un repas riche en couleurs et peut-être même en saveurs. 14 h 30, nous plions boutique pour laisser ces messieurs-dames remonter tables et chaises en vue de reréfléchir à de nouvelles stratégies, l'estomac assaini par une de nos tisanes digestives et/ou d'un café malheureusement trop clair. La nôtre, de stratégie, consista ce jour-là à tenter de nous rendre crédibles dans la conception d'une pause déjeuner la plus écologiquement acceptable. Que ceux qui étaient présents parmi les lecteurs de cette humble restitution aient l'obligeance de nous faire croire que ça leur a plu !

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